Causerie de la Fondation Marichette : Réjean Thomas partage son impressionnante feuille de route

«C’est dans ma clinique l’Actuel que je suis le plus heureux au monde, de dire le docteur Réjean Thomas. Avec mes patients, un à un, peu importe qui il est, président de compagnie ou sans-abri. Je vois beaucoup de misère et notre travail est très apprécié. Les gens savent qu’on est là et toute l’équipe prend ça à cœur, de l’accueil aux soins. Je n’aurais pas réussi ce parcours seul.»

 

Claire Lanteigne (Le Moniteur acadien)

 

Le Moniteur acadien, NB. À 64 ans, le docteur Réjean Thomas, originaire de la Péninsule acadienne, demeure animé d’une flamme vive. «C’est dans ma clinique que je suis le plus heureux au monde», dit-il.
Le Dr Réjean Thomas. Photo : Daniel Beaudry, avec l’autorisation du Moniteur acadien

Conférencier invité au 3e déjeuner-causerie de la Fondation Marichette, le 7 juin à Moncton, il est facile de constater qu’à 64 ans, ce médecin originaire de Tilley Road, dans la Péninsule acadienne, poursuit son œuvre toujours animé d’une flamme aussi vive. Il n’est pas prêt à prendre sa retraite.

Lors de la discussion animée par Hélène Branch, il a tout d’abord souligné le féminisme de sa mère qui disait que ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on n’est pas intelligent et ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on ne peut pas parler français. «Mes parents m’ont toujours encouragé à faire ce que je voulais et à aller à l’école et c’est de là que vient ma conscience sociale.»

C’est un peu par hasard que le jeune médecin de famille va travailler auprès d’une jeune clientèle aux prises avec des infections transmises sexuellement (ITS). Avec trois collègues, il fonde la clinique l’Actuel, à Montréal, en 1984, au coin des rues Amherst et Sainte-Catherine, près du village gai.

 

Le VIH et le sida

«Malgré ce qu’on en pense, la clinique n’a pas été créée pour le sida, ajoute-t-il, elle s’est d’abord consacrée aux ITS, pour lesquelles il y avait un réel besoin. C’est à peu près en même temps que le sida commençait à se répandre au pays. Quand nous avons vu les premiers cas, on ne savait pas ce que c’était. On voyait des jeunes de 30 ans avec des pneumonies et on ne comprenait pas. C’était tout un fardeau à porter. Il y avait tellement de décès – des patients et des amis.»

À cette époque de nombreux deuils, le Dr Thomas a senti le besoin de prendre du recul. Il entreprend des études en philosophie. «Ces études n’ont rien réglé et n’ont pas répondu à mes questions, dit-il avec humour, mais j’ai pris le temps de réfléchir à la mort, à la souffrance.»

C’est seulement en 1996 avec l’arrivée de la trithérapie qu’on a commencé à voir la lumière au bout du tunnel. Ce régime de médicaments traite le virus en l’empêchant de se multiplier et permet aux gens avec le VIH de gérer la maladie et de bien vivre.

«Avec les moyens que nous avons aujourd’hui, dit-il, nous pensons que le sida pourrait être éradiqué. Nous avons les moyens de le faire, nous avons seulement besoin du vouloir politique pour y arriver.»

 

Ici comme ailleurs

Pendant plus de 35 ans, le Dr Thomas a centré sa pratique médicale à traiter les gens avec le sida autour du monde. Il a voyagé en Afrique et au Moyen-Orient pour aider à contrôler l’épidémie, principalement dans le secteur de la transmission mère-enfant.

Réjean Thomas explique qu’encore aujourd’hui, malgré le fait qu’on ne meurt plus du VIH dans les pays riches, la maladie est toujours porteuse de honte et d’isolement. Pire encore, parce qu’on se sent en sécurité avec notre attirail thérapeutique, on coupe dans la prévention et on ne fait plus d’éducation sexuelle dans les écoles. «En Afrique, ou en Haïti, on fait plus de prévention qu’ici!»

Il déplore l’épidémie actuelle d’ITS, l’ayant vu venir de loin. Il voit là autant de nouveaux défis à relever avec tous les tabous qui entourent encore les ITS et le VIH–sida. «On n’en parle pas assez avec les jeunes qui manquent d’information. Les meilleures armes contre les ITS sont l’éducation et la prévention», conclut-il.

 

La Fondation Marichette offrira 19 000 $ en bourses

La Fondation Marichette offrira 19 000 $ en bourses pour l’année 2019-2020.

La Fondation offre des bourses d’études aux femmes résidantes du Nouveau-Brunswick qui désirent faire des études collégiales ou universitaires en français et qui ont des besoins financiers importants.

Elle offrira six bourses, dont cinq à des mères monoparentales. Quatre bourses de 4000 ou 5000$ seront pour des études universitaires et deux de 2000 $ pour les études collégiales. Elles peuvent être renouvelables pour une durée maximale de cinq ans.

«Après trois ans d’existence, la Fondation Marichette a un fonds de 800 000 $, de dire Michèle Caron, présidente de la Fondation Marichette, et quand elle atteindra son objectif de deux-millions de dollars, elle pourra multiplier l’aide afin de répondre à beaucoup d’autres besoins.»