Atlantique : «Les immigrants francophones ne savent pas à qui s’adresser»

Francopresse. Des organismes se sont penchés sur l’immigration francophone en Atlantique. Les enjeux : une expérience migratoire réussie, un ajout dynamique à la communauté acadienne et une relance démographique.

Comme ailleurs au Canada, le succès de l’immigration francophone en Atlantique répond à des enjeux particuliers : une expérience migratoire réussie, un ajout dynamique à la communauté acadienne et une relance démographique. Trois organismes ont uni leurs efforts dans l’étude intitulée Réussir la rencontre, dont le premier volet a été publié le 14 juin.

 

Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

 

Francopresse. Des organismes se sont penchés sur l’immigration francophone en Atlantique. Les enjeux : une expérience migratoire réussie, un ajout dynamique à la communauté acadienne et une relance démographique.
Le lancement du premier volet de l’étude a réuni les chercheurs (de gauche à droite) Josée Guignard Noël et Dominique Pépin-Filion de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, le politologue Christophe Traisnel de l’Université de Moncton, et le gestionnaire Florian Euzen du Comité atlantique sur l’immigration francophone. Photo : avec l’autorisation de la Société nationale de l’Acadie

«Il s’agit donc de la convergence d’expériences individuelles, de volontés politiques et d’espoirs communautaires autour d’une cause commune, précise l’introduction : réussir la rencontre entre les nouveaux arrivants et les sociétés d’accueil.»

La présidente de la Société nationale de l’Acadie (SNA), Louise Imbeault, présente l’initiative. «Mieux se comprendre est à la base d’une rencontre réussie. Cette étude centrée sur la personne immigrante et son vécu démontre toute la complexité des parcours, des défis et des interactions.»

La SNA et le Comité atlantique sur l’immigration francophone ont élaboré le projet avec l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques. À l’automne 2018, quelque 400 sondages, dont une cinquantaine d’entretiens, ont été menés auprès de francophones nés à l’étranger sur huit aspects de leur démarche.

Parmi les solutions aux défis rencontrés, les chercheurs recommandent de concevoir les services comme des lieux de rencontre et de les resituer «dans une culture de l’accueil». Ils insistent aussi sur l’importance de «la notoriété des centres» et du renforcement de l’accompagnement des arrivants «dans leurs démarches administratives et statutaires.»

 

Vers qui se tourner?

Le problème de la visibilité serait majeur. «Les gens ne savent pas à qui s’adresser», constate le directeur de recherche, le politologue Christophe Traisnel. Le manque d’infos centralisées demeure préoccupant à toutes les étapes du processus, mais l’arrivée sur place des immigrants serait la période critique.

«On voit un risque de fragilité chez les personnes qui changent d’habitudes par rapport à l’accès à l’information. C’est un problème. Il y a un nombre de services auxquels ils auraient accès, mais ils ne savent pas que ça existe.

«Ce qu’on suggère, c’est de centraliser l’information dans un guide rédigé en concertation avec tous les acteurs, comme on fait pour le tourisme. On parle souvent de guichets uniques dans un nombre de situations; ce besoin-là existe aussi pour les immigrants.»

L’expert en matière de politiques migratoires se déclare étonné par le taux de satisfaction de 87 % chez les personnes sondées. «On s’était préparé à ce que les gens soient beaucoup plus critiques, mais ils se disent plutôt bien intégrés.»

 

Des communautés tricotées serrées

Selon les sondages, l’amélioration du secteur doit surtout porter sur les services à l’intégration socioéconomique, tels que l’apprentissage de l’anglais (32 %) et l’aide à l’emploi (25 %).

Le rapport insiste sur la dimension humaine de l’expérience migratoire. «Améliorer l’accueil ne passe pas que par des dispositifs et des mesures, mais aussi par le regard porté sur l’autre par “nous autres”, que “nous” soyons d’ici ou que “nous” venions d’ailleurs.»

À ce chapitre, l’expérience semble variée. Les immigrants trouvent les communautés francophones «un peu tricotées serrées», d’après Christophe Traisnel. «Si on peut pénétrer ce milieu, ça va aider au processus d’intégration. Si on reste à l’extérieur, il sera difficile d’établir un rapport de confiance.»

Le défi de la langue serait central, explique-t-il, parce que la priorité des immigrants est l’emploi, ce qui exige la maitrise de l’anglais. «Ça crée parfois des tensions parce que des parents parfaitement à l’aise en français vont se dire : mes enfants, il faut que je les scolarise en anglais.»

 

«En business, ils ne veulent pas te voir»

«La communauté francophone, elle, s’attend à ce que l’immigrant francophone vienne renforcer les rangs de la minorité.»

D’ailleurs, le premier volet de la recherche de 300 pages comprend une section complète sur les entretiens auprès de 50 participants au sujet de leurs expériences dans la communauté et le monde des affaires.

«Les Acadiens sont des gens très accueillants, peut-on lire dans cette section. Quand tu arrives à rentrer chez eux, tu es leur ami, tu fais partie de la famille; ça prend beaucoup de temps. Mais en business, ils ne veulent pas te voir. Ils ont peur de toi, de l’immigrant.»

Les partenaires du projet prévoient un 2e volet en septembre qui portera sur les motifs derrière la décision de rester dans l’Atlantique ou de repartir.

 

Le rapport chiffré

3 partenaires

4 chercheurs

8 thématiques

50 entrevues

68 organismes de service

128 tableaux et graphiques

300 pages

400 personnes sondées

  • 75 % en milieu urbain
  • 86 % sont bilingues
  • 87 % se disent bien intégrés
  • 93 % s’identifient à la minorité