L’empreinte de l’univers virtuel. Le Québec deviendra-t-il la Silicon Valley verte?

Francopresse. Un courriel ajoute dix grammes de carbone dans l’atmosphère. Quatre-milliards d’humains textent et furètent. Greenpeace USA dépose un rapport sur la croissance des centres de données dans l’État de Virginie. Le Québec se présente comme alternative.

Un simple courriel ajoute dix grammes de carbone dans l’atmosphère. C’est la pointe de l’iceberg quand on est quatre-milliards à texter et fureter. Greenpeace USA a sonné l’alarme avec un rapport-choc, le 13 février, sur la croissance exponentielle de l’Allée des centres de données située dans l’État de Virginie, où passe 70 % du trafic internet mondial.

 

Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

 

Francopresse. Un courriel ajoute dix grammes de carbone dans l’atmosphère. Quatre-milliards d’humains textent et furètent. Greenpeace USA dépose un rapport sur la croissance des centres de données dans l’État de Virginie. Le Québec se présente comme alternative.
« On est assez chanceux à Hydro Québec, note le chef de développement des nouveaux marchés, Christian Dejean, on est les seuls sur la planète à réunir autant d’avantages. » Photo : avec l’autorisation d’Hydro-Québec

Dans ce marché dominé à 50 % par les GAFAM, un nouvel acteur s’interpose pour réduire le carbone. « On est assez chanceux à Hydro Québec, note le chef de développement des nouveaux marchés, Christian Dejean. On est les seuls sur la planète à réunir autant d’avantages. »

Le rapport Clicking Clean Virginia décrit la voracité explosive d’une industrie dépendante d’une électricité de plus en plus sale. Si l’internet s’étend à l’échelle globale, le développement de centres de données se concentre localement. Ceux de la Virginie sapent toute l’électricité produite de la région et en redemandent. Pour combler le manque, les agences se tournent vers le charbon, le gaz et le pétrole.

Greenpeace a répertorié dans le nord de l’État plus d’une centaine de centres sur trois-millions de mètres carrés, soit la plus grande concentration au monde. Ils seraient connectés à l’Europe et l’Afrique via des réseaux subatlantiques. D’ici deux ans, on prévoit une hausse de consommation d’environ 2,4 térawatts de puissance dans ce parc industriel.

 

La consommation propre d’Amazon chute à 12 %

L’organisme dénonce la dérive des GAFAM qui s’étaient engagés publiquement en faveur de 100 % d’énergies propres. Il s’en prend en particulier au géant Amazon, dont la part de consommation d’énergie renouvelable a chuté à 12 %. Facebook est coté à 37 % et Microsoft à 34 %. Seul Apple, absent de la région, aurait réalisé 100 % son engagement vert.

« Avec le noyau de son infrastructure globale en Virginie, signale le rapport, Amazon Web Services est de loin le meneur dans cette hausse de la demande en énergie fossile. Le géant enregistre une consommation de 1,7 gigawatt d’énergie pour ses 55 centres en exploitation ou en construction, une hausse de 60 % en deux ans. »

Greenpeace révèle que le principal fournisseur de la région, Dominion Energy, aurait profité de l’urgence de la demande pour investir 7,0 milliards dans la construction d’un nouvel oléoduc.

L’expérience de la Virginie rappelle, selon le groupe, le devoir des entreprises numériques de veiller à leur engagement climatique « soit en exerçant des pressions locales pour des sources renouvelables ou en choisissant de s’implanter uniquement là où se trouvent ces sources ».

 

Amazon, Google, Microsoft, IBM et OVH y sont

C’est là qu’Hydro-Québec prend le relai. « On vise ces joueurs en priorité, affirme Christian Dejean. S’ils ont des projets de centre de données, on va essayer d’en attirer un nombre qui pourrait s’installer au Québec. »

Lancée en 2016, la stratégie de la société d’État aurait permis d’ajouter trois centres aux 36 déjà en place dans la grande région de Montréal. Amazon Web Services, Google, Microsoft, IBM et OVH y sont. Et ce ne serait que le début.

« Obtenir un centre, note le porte-parole, c’est un très long cycle de vente. De gros projets sont à venir dans les prochains mois et on devrait connaitre une très forte augmentation. C’est l’industrie qui connait présentement le plus fort taux de croissance et de volume d’électricité consommée. »

La planète se numérise, poursuit Christian Dejean : « Le 5G s’en vient, on verra une accélération de la transmission de documents : films, vidéos, musique. On parle d’un mégabyte par seconde par habitant sur la planète, c’est fou. »

 

La nouvelle Silicon Valley du Nord-Est américain

Les arguments mis de l’avant par Hydro-Québec sont convaincants. D’abord, le prix de l’électricité : 3,95 le kilowatt, « très stable avec un historique de prix bas depuis 30 ans et une 4eannée sous le taux d’inflation ». Ensuite, une énergie propre, continue, renouvelable et abondante, précise-t-il. « Et on est en position de surplus ».

Puis il y a le froid : la température moyenne annuelle de Montréal est de 6 degrés, comparativement aux 17 du Nord virginien. « Les centres, ça génère énormément de chaleur et ça augmente les couts de climatisation. C’est beaucoup plus cher si on ouvre un centre au Texas. »

Enfin, pour le chef Dejean, il y a l’ambiance politique et économique. « Certains clients nord-américains avaient prévu de s’installer aux États-Unis, mais finalement, à cause des tensions, ils considèrent un peu plus le Canada et le Québec. »

Pour la société d’État, la valeur finale de son offre repose sur son engagement de contribuer à la dé-carbonisation de la planète. « Chaque centre de données qui s’installe au Québec permet de réduire l’empreinte carbone. Le Québec peut devenir la nouvelle Silicon Valley du Nord-Est américain. »

Greenpeace et Hydro-Québec encouragent les utilisateurs à revoir leurs pratiques numériques et à vérifier si leurs applis sont écolos.