Commissaires aux langues du monde : Protéger des minorités linguistiques — Bâtir des sociétés plus fortes

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Des commissaires linguistiques au Canada, mais aussi dans le monde

« Protéger des minorités linguistiques, bâtir des sociétés plus fortes » : c’est le thème qui sera abordé lors de la 6e conférence annuelle de l’Association internationale des commissaires linguistiques, qui se tiendra à Toronto en juin 2019. On en compte actuellement cinq au Canada, mais on en retrouve aussi en Belgique, au Kosovo et en Espagne… Quel est leur rôle?

 


 

C’est le thème qui sera abordé lors de la 6e conférence annuelle de l’Association internationale des commissaires linguistiques (AICL), qui se tiendra à Toronto les 26 et 27 juin 2019. Un rendez-vous plus que symbolique par les temps qui courent pour l’hôte de ce rendez-vous, le Commissariat aux services en français de l’Ontario.

André Magny (Francopresse)

 

Qu’ont en commun un Néo-Brunswickois, un Irlandais et un Flamand? Ils ont tous des commissaires linguistiques qui les représentent et qui sont là pour faire respecter leurs droits. Et ces commissaires se retrouvent eux-mêmes au sein de l’AICL dont l’un des objectifs, outre la promotion, l’égalité et la diversité linguistiques, est « d’améliorer la connaissance et la compréhension du rôle et de l’importance des commissaires linguistiques parmi les gouvernements ».

 

Une association fortement canadienne

Francopresse. Qu’ont en commun un Néo-Brunswickois, un Irlandais et un Flamand? Ils ont tous des commissaires linguistiques qui les représentent et qui sont là pour faire respecter leurs droits.
Le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau. Photo : Le Droit

Est-ce que l’AICL est une association importante? Certes, elle est encore toute jeune. Son site nous dévoile qu’il y a dans ses rangs… 11 membres, dont près de 50 % proviennent du Canada (deux provinces, deux territoires et le commissaire aux langues officielles)! Les autres membres sont irlandais, écossais, flamands, basques, kosovars et catalans. Le site est traduit en 13 langues, dont l’inuktitut et le serbe.

Selon les pays, la nomination des commissaires se fait soit par le président directement, soit par l’Assemblée législative ou le parlement sur recommandation d’un premier ministre, par exemple. Parfois, certaines régions n’ont pas de commissaire, mais plutôt un ombudsman linguistique, l’important étant de s’assurer qu’une plainte soit examinée en toute indépendance.

Cependant, Jérémie Séror, professeur agrégé à l’Institut des langues officielles et du bilinguisme (ILOB) de l’Université d’Ottawa, estime quant à lui que la différence entre un ombudsman linguistique et un commissaire linguistique n’est pas anodine. « Évidemment, tout dépend du mandat, mais, en général, un commissaire est plus proactif. Un ombudsman attend les plaintes. C’est peut-être symbolique, mais en matière de langue, les symboles sont importants. »

 

Direction Toronto

Les membres de l’AICL ont la possibilité de se réunir annuellement lors d’une conférence internationale, pour mettre en commun leurs expériences, échanger des ressources ou des recherches en matière linguistique de manière à ce que les commissaires puissent « remplir leur rôle dans le monde entier » selon des « pratiques exemplaires et des normes d’excellence ».

Au bureau du directeur du Commissariat à la langue irlandaise à An Spidéal, dans la région de Galway, en Irlande, Colm Ó Coisdealbha est au courant de ce qui se trame en Ontario, côté défense du français, les récentes décisions du gouvernement Ford pouvant avoir un impact sur l’événement torontois. « L’AICL n’organise pas la conférence de Toronto.  À ce stade, cette responsabilité fut celle du Commissariat aux services en français de l’Ontario. Les organisateurs poursuivent leurs activités et efforts pour tenir l’événement tel que prévu. »

Dans la Ville Reine, François Boileau, le commissaire aux services en français de l’Ontario, certes déçu par la décision du gouvernement Ford d’abolir son poste car les Franco-Ontariens « vont perdre une voix », ne baisse pas les bras en ce qui concerne la conférence de Toronto. Il refuse de croire que l’événement sera annulé après tous les efforts investis. « Pour l’instant, on va de l’avant. J’ai des scénarios alternatifs… » Il n’en dira pas plus, question de stratégie. Il précise cependant que la conférence de juin sera « d’une qualité exceptionnelle. »

Selon le commissaire, au moins 250 personnes seront présentes avec de nombreux conférenciers et les inscriptions pourraient monter jusqu’à 400. Conscient qu’avec seulement 11 membres, cela fait un peu familial, cette rencontre devrait permettre selon lui « d’aller chercher de nouveaux membres. On ne veut pas que ce soit un cercle fermé. On a ciblé plusieurs pays qui veulent devenir membre. »

Si la langue est parfois l’enjeu de tractations politiques voire de véritables chicanes, dans certains pays, la violence peut être au rendez-vous. « Souvent, quand je parle en public et que mon collègue du Kosovo est présent, je m’empresse de lui céder la parole, car là-bas, la langue a eu des conséquences beaucoup plus dramatiques qu’ici. » Selon François Boileau, la qualité des intervenants présents à Toronto permettra d’avoir un bon portrait de la situation mondiale en matière de droits linguistiques.

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